Résurrocktion
XX
Il est temps. Déjà, à bord, elle attire l'attention de tous, indignés par son allure, son visage incrusté de bijoux; ses bras nus et tatoués qui sortent d'un débardeur blanc trop lâche, son pantalon trop serré, un étrange manteau clouté et ses bottes pointues, tous apparemment en peau tannée de ruminant mort, l’ensemble dévoilant de son anatomie plus que la bienséance ne voudrait en connaître. Accoudée au bastingage, elle regarde la foule panurgisante venue adresser un au revoir poli, qui à une sœur, qui à un oncle. Pas d'éclats, pas de rires ni de pleurs mais de la retenue, du maintient. Autour d’elle, elle les devine qui l'observent en coin. Elle sent le juste courroux des mères, le soupçon de curiosité chez leurs maris, tandis que bandent déjà leurs fils et mouillent certaines de leurs filles. Elle esquisse un sourire. D'ici deux semaines, elle aura dépucelé un bon nombre de ces derniers, et de ces dernières, celles qui en auront exprimé le désir. Elle aura même fait jouir comme jamais leurs époux et, sans qu'elles n'osent se l'avouer pour l'instant, ouvert de nouveaux horizons aux plus curieuses d'entre elles. D'ici deux semaines, elle aura introduit le chaos dans ces vies bien rangées. Dans deux semaines et un jour, ils auront ramené à la vie cette humanité mort-vivante.
Marcia
Elles se retrouvent immanquablement pour regarder lentement s’écouler les samedi après-midi interminables qu’elles passent invariablement vautrées devant l’écran, apathiques. Ils ont un acronyme pour qualifier cet état, à défaut de le comprendre : elles souffrent du SDepA pour syndrome de dépression adolescente. On le leur a expliqué, en long, en large, en travers : à cette époque de votre vie, les gènes correcteurs sont plus actifs qu’ils ne le seront jamais de toute votre existence, occupés à réguler le flot d’hormones qui inonde vos corps, préservant le développement des fonctions de reproduction tout en vous évitant les désagréments associés. En gros, ça leur évite de céder à leurs instincts les plus bas et à la moindre de leurs pulsions. D’après leurs parents, l’état d’hébétude permanent dans lequel elles se trouvent est une contrepartie bien peu coûteuse au regard du bénéfice incalculable pour l’ensemble de l’humanité en général, pour eux deux en particulier.
Encore un après-midi passé dans un brouillard cotonneux, entourée de ses fidèles amies qu’elle connaît si peu, quatre clones d'elle-même, les mêmes long cheveux blonds sagement peignés, la même frange impeccable. En observant ces visages pourtant presqu’inconnus, Marcia se fait la remarque que statistiquement, sur les cinq filles affalées sur le canapé, l’une d’entre elles développera vraisemblablement la forme aggravée du SDepA. Dans un cas sur deux, elle mourra alors d’anorexie ou de suicide, sans qu’aucun traitement ne puisse la sauver. Elle s’en retourne à sa contemplation végétative.
Jeanne
« Mais ta gueule ! Tu vois pas que j’étouffe ! »
Jeanne se demande si elle ne couve pas quelque chose de sérieux. Alors qu’elle devrait s’émerveiller devant toutes ces nouveautés qui l’entourent, elle passe son temps à ruminer cet air qui maintenant ne la quitte plus, même éveillée, et se trouve passablement énervée par le babillage incessant de sa mère. (Ce col trop serré qui frotte contre son cou, « Oh, chérie, regarde-moi ces blablablabla… »). Que lui a-t-elle pris d’insister ainsi ? Pour la première fois de sa courte vie, elle a boudé lorsque que Papa lui a annoncé qu'il partait avec Maman, la laissant seule sous la surveillance de la gouvernante. Il disait que ce n'était pas une destination convenable pour une jeune fille convenable ; il n'a pas longtemps résisté au regard embué de larmes de sa fille chérie.
Papa doit travailler au siège du Gouvernement Mondial aujourd'hui, alors, avec Maman, elles parcourent les rues de la capitale du monde. (Ces vêtements qui l’oppressent, elle est engoncée, « … point de vue imprenable….blablablabla… »). Elle observe discrètement son reflet dans la vitrine, silhouette informe d’une jeune fille de vingt ans recouverte des épaules aux chevilles d'une capeline grise d'où ne sortent que ses pieds chaussés de bottines et sa tête ornée d'un foulard couvrant ses cheveux. Elle souffre de la chaleur, mais Papa a été inflexible: hors de question de céder à la mode locale des capes légères et parfois même colorées. Sa tête est remplie de cette mélodie, impossible de l’en déloger, impossible de penser correctement avec tout ce bruit autour d’elle, en elle. (Elle passe un doigt dans l’encolure, espérant relâcher un peu la sensation d’étranglement, « … automobiles incroyables… blablablabla… »).
Papa est un membre émérite de l'administration chargée du respect des bonnes mœurs, il doit montrer l'exemple. Il vient justement discuter du durcissement de certaines règles face aux dérives observées dans les grandes villes, soupçonnées d’être les foyers infectieux de cette étrange pandémie de suicides chez les adolescents. (Ses pieds la font souffrir atrocement, « … boutiques formidables…blablablabla… »). Comme Papa le lui répète souvent, l'histoire nous a appris à quelles atrocités peuvent mener les excès dans tous les domaines. La maturité des civilisations et les avancées de la génétique ont permis de gommer peu à peu les pulsions destructrices de l'humanité. (Ses oreilles bourdonnent, elle a si soif, « … passants si aimables…blablablabla… »). Grâce à l’esprit de modération ainsi révélé, la paix règne depuis plus de deux cents ans, peu à peu la Terre se remet des outrages qui lui ont été faits par les générations précédentes et la pauvreté, à la suite de la guerre, sera très prochainement éradiquée. Mais la vigilance reste de mise : voilà pourquoi la mission de papa est si importante.
Il fait vraiment chaud, sa cape pèse comme jamais, les coutures lui brûlent les épaules et son col est trop petit, trop serré, trop serré, trop serré, elle va manquer d’air, elle suffoque, la tête lui tourne, et maman qui n’en finit pas (« … séjour mémorable….blablablabla… »).
« Mais ta gueule ! Tu vois pas que j’étouffe ! »
Elle a hurlé. Autour d’elle, le monde s’est arrêté. Maman est livide, la main devant la bouche, retenant un cri qu’elle se refuse à pousser. Elle panique, rien ne va aujourd’hui, elle n’est pas elle-même, elle doit fuir, elle court, affolée, dévalant le boulevard, sanglotant, les pensées embrumées par l'anxiété, elle court jusqu'à épuisement, échappe à toutes les mains étrangères qui tentent de la retenir. Stop. Elle se sent enveloppée, se blottit entre des bras amicaux, la sensation d'urgence la quitte et, les yeux fermés, elle se laisse bercée par une mélopée familière, à peine murmurée. La voilà de nouveau au beau milieu de ses rêves. Elle reprend ses esprits, lève les yeux vers le visage noir et souriant d'un jeune homme qui lui dit :
« - ça va, calmez-vous, vous êtes en sécurité. Je m'appelle James. »
Elle se débat pour s'écarter de lui, cette fois nullement par affolement, mais poussée par la bienséance. Elle rougit: que n'aurait dit Papa en la voyant ainsi dans les bras d'un inconnu ?
« - Excusez-moi, je ne voulais pas vous effrayer. C'était la seule solution, vous vous êtes littéralement jetée sur moi. Tout va bien? Que vous est-il arrivé? »
Elle rougit de plus belle, elle ne sait pas pour laquelle de toutes ces raisons : la honte éprouvée au souvenir de la réaction de sa mère, effondrée, ou l'idée qu'elle ait pu se jeter sur un homme, ou encore la chaleur provoquée par l'odeur de celui-ci alors qu'il la tenait serrée contre lui, et cette curieuse sensation d'intimité qu'elle a ressentie.
«- Je m'appelle Jeanne. J'ai... je me suis égarée et Maman doit être folle d'inquiétude. J'accompagne Papa en voyage d'affaire, je... je ne sais même pas où je suis.
- Ecoutez, j'habite juste là, dans cette tour, je rentrais chez moi. Vous avez l'air d'avoir besoin de vous poser un peu, vous tremblez. De chez moi, vous pourrez appeler vos parents, venez! »
Il la précède vers le hall de son immeuble dont l'entrée est effectivement à quelques pas de là. Elle le suit, étonnée par sa propre audace: que n'aurait dit Papa.... ?
« J'habite au 54ème »
Ils entrent dans l'ascenseur, plus petit qu'elle ne l'aurait souhaité. Chacun d'un coté de la cabine, ils se font face tandis que les étages défilent, lentement. Elle n'arrive pas à détacher son regard du sien, la chaleur monte par vagues incontrôlables depuis son bas-ventre jusque ses joues. Impossible qu’il ne s’en rende pas compte, elle est morte de honte. Il lui sourit et de nouveau sort de ses lèvres cet air tout droit issu de ses rêves, d'abord presque inaudible, puis de plus en plus distinctement. Il avance vers elle. Elle tente vainement de le repousser à coups de questions lancées d’une voix hésitante :
« Qui êtes-vous? Qu'est-ce que vous me voulez? Nous nous sommes déjà rencontrés, non? Vous m'espionnez? D'où connaissez-vous cet air? »
Son cœur s’emballe, sa bouche est sèche, elle respire avec peine. Que n'aurait dit... ?
Elle est à moitié nue avant qu'ils ne quittent l'ascenseur. Elle sent sa bouche sur ses seins alors qu'il embrasse à pleine bouche ses tétons si durs qu'ils lui font mal. Elle a perdu tout contrôle sur ses sens, comme si la gangue génétique qui entrave l'humanité depuis trop longtemps avait soudainement lâchée, libérant brusquement en elle des décades de pulsions contenues. Elle n'a de cesse que de caresser sa nuque, son dos, ses fesses. Il est en elle à peine la porte d'entrée franchie. Passée la première douleur, ils s’accordent au rythme de cette chanson qu'ils partagent.
Plus tard, dans un même gémissement, ils atteignent l'orgasme. Alors, elle se souvient. Elle se souvient de chaque chanson de chaque concert sur chaque tournée. Elle entre sur mille scènes, insoumise, et hurle sa douleur un million de fois devant une foule innombrable, sans jamais être consolée.
La journée passe autour d’eux, le temps s’emmêle. Ils sexe-plorent l’un l’autre. Il est beau, elle aime sa peau, le jeu des muscles de son dos, le cal de ses doigts qui s’immiscent. Chaque Xtase l’emmène plus haut et elle finit par ne plus redescendre tandis que surgissent les souvenirs en un flot ininterrompu. Elle est ici et avant, perdue entre deux ego. Leurs chairs se fondent, rarement séparées, tandis que ces images venues d’ailleurs la submergent.
Elle se souvient, elle a douze ans. Sur une mince pochette en carton est imprimée la photo d’une femme noire aux joues rebondies, au large sourire et curieusement coiffée. Elle en sort une étrange galette qu’elle place au centre d’un plateau. Elle déplie un bras mécanique, le pose religieusement sur la galette et résonne la voix de ses rêves. Mille fois elle écoute la même chanson, un million de fois elle se casse la voix à en devenir aphone, elle pleure, elle rit, elle vibre pendant des jours innombrables.
Ils poussent au-delà de l’épuisement leurs corps couverts des traces de leurs ébats, de leurs sueurs, de son sperme, de ses fluides, de leurs sangs mêlés qui perlent des griffures et des morsures.
Elle entend cette femme lui dire qu’elle l’aime comme nulle autre ne saura le faire, elle l’entend l’implorer de revenir. Elle se souvient. Elle se souvient des mille supplices de la solitude, de ces millions d’inconnus l’idolâtrant, des déceptions innombrables. De l’aiguille dans son bras.
Junon incarnée, elle se souvient ; en elle s’embrouillent les consciences de la vierge effarouchée et de la sacrifiée du summer of love. Mais qu’ont-ils fait à leurs enfants ? Faustés par un leurre de paix mondiale, ils ont payé un lourd tribut. Ils crèvent d’ennui, meurent à petit feu, un sourire poli aux lèvres. Elle se souvient des Brigades des Mœurs chargées d’appliquer la bienséance, de gré ou de force, concentrant tous leurs efforts sur les femmes afin de maintenir leur phallocratie impuissante. Pas de révolte, pas de remise en cause d’un système de classe comme le capitalisme n’a jamais osé en rêver, le contrôle absolu de soi-même pour un contrôle absolu de la population. Elle se souvient.
Merde, qu’est-ce qu’elle fout là ?
Marcia
Elle rit quand elle voit la tête que fait son père.
Ça a commencé avec une agitation inhabituelle, comme si le canapé devenait inconfortable, alors même que des milliers d’heures de rumination passive ont incrusté leurs anatomies à même les coussins. Puis, sans aucune raison, elles ont pouffé et plus leurs regards se croisaient, plus le rire montait, incontrôlable, dément, jusqu’à finir toutes les cinq pliées en quatre, tordues de douleur, libérées. C’est alors que ses parents sont entrés, affolés, demandant aux quatre autres de rentrer chez elles de toute urgence, parlant de couvre-feu, d’émeutes, de pandémie. Ça les a achevées, elles n’en pouvaient plus, hurlant au supplice entre deux spasmes de rire. Mais voir son père tenter d’user de la force, le visage rouge de colère, allant jusqu’à tordre le bras de l’une d’entre elles, ça les a dessoûlées instantanément. Elles lui ont sauté dessus, toutes griffes et toutes dents dehors pour lui faire lâcher prise. Elles lui ont dit qu’elles sortaient, il leur a répondu qu’il faudrait lui passer sur le corps.
Ce qui est drôle, vraiment, c’est de lui avoir éclaté la mâchoire avec son fer sept, son porte-bonheur. Ce qui la fait rire à gorge déployée, c’est de le voir baigner dans son sang, prostré sur le carrelage du couloir de l’entrée. Ce qui est jouissif, définitivement, c’est de lui glisser à l’oreille en enjambant son corps combien elle avait détesté chacune de ces putains de journées passées à le suivre docilement le long de ces putains de dix-huit trous interminables.
Jeanne
Elle attend, plongée dans le noir, les deux mains posées sur le micro, s’accrochant au pied comme à une bouée. Devant elle, aveuglée par les projecteurs, la foule bruisse de ce son si familier, comme le bruit blanc d’une radio réglée sur l’éther. La scène est à peine éclairée. Derrière elle, elle entend James s’accorder pour la dixième fois, un peu plus pâle qu’à l’habitude. A sa gauche, l’inconnue, elle aussi debout devant son micro, n’a pas quitté son sourire tranquille.
Ils ont quitté l’appartement un peu plus tôt, guidés par une envie irrésistible, se mêlant au flot de tout ce que la ville compte de jeunesse et qui se déversait le long du boulevard en direction du port. L'inconnue a descendu la passerelle, insensible à l’hystérie autour d’elle, et telle la joueuse de flûte d’Hamelin, les a entraînés vers le centre de la ville où les attendaient un parc immense et la scène.
Quant Jeanne lui a demandé pourquoi elle était venue, elle lui a répondu que cette fois, elle leur donnerait l’occasion de réussir leur mort. L’angoisse monte : elle a peur de retomber dans l’oubli.
« Tu ne nous as pas dit qui tu étais toi, je veux dire, avant. »
Elle accentue insensiblement son sourire. Un rugissement accueille le noir complet. Le silence se fait. Elle murmure dans le micro, bientôt rejoint par quelques notes égrainées par James et leurs deux voix mêlées montent crescendo.
« J’ai été trois à Memphis, quatre à Liverpool, cinq à Abington. J’ai été le cinq majeur du 27 club. A Woodstock, j’ai soulevé les foules, à Glastonbury aussi. J’ai été chacun de ces gosses à faire du bruit dans un garage et j’étais là encore lorsqu’ils ont gueulé d’aller se faire foutre à leur mère, à leur père, à l’école, au système. J’ai débordé dans tous les arts, j’ai même filmé la virée de deux types à moto et les pérégrinations sanglantes et désordonnées de deux tueurs habillés en noir et blanc. J’ai brandi le drapeau noir dans toutes les révolutions. J’ai été trois cent quarante-trois salopes pour gagner le contrôle de mon corps. J’ai planqué des juifs et des immigrés. Je me suis enchaînée à des arbres, à des rails et à des grilles d’école.
Regardez-moi, vous m’avez fait à votre image, je suis ma propre caricature, un archétype, une figure allégorique, une personnification anthropomorphique. On m’a donné mille fois pour morte et mille fois je suis revenue. Je suis vivante, vous étiez morts, et bien vivez maintenant, une vie faite de bonheurs brûlants et de regrets inconsolables, vivez !».
Marcia
Elle qui, ce matin encore, avait à peine conscience d’exister, elle sait qu’elle veut naître sur scène, vomir sa rage dans un micro et mourir si elle n’a plus rien à donner. Lorsque simultanément la scène s’éclaire et qu’un torrent de son déchire l’atmosphère, un long frisson remonte sa colonne vertébrale pour finir, incontrôlable, en un hurlement libérateur. Les os en résonance avec les basses, elle vit les heures suivantes comme elle n’a jamais vécu les années précédentes.
Soulevée par un souffle d’empathie exacerbée, elle ne fait plus qu’une avec ses quatre sœurs, vibrant d'un même rythme. Et puis la vague l’emporte plus loin et elle se fond dans la foule, tombe amoureuse mille fois, hurle par un million de bouches et entend bouillonner le sang dans les cœurs innombrables, ivre de l’odeur des peaux nues et luisantes, échauffées par le frottement des corps qui reprennent vie, serrés en une masse critique. Elle est l’organisme collectif à qui l’on s’adresse comme à une seule femme, qui chante d’une seule voix, rit d’une seule gorge, frémit, réagit et s’emporte comme un seul être ; orgasme collectif.
Elle sent arriver les échos concentriques du matraquage avant de les voir. Ils fendent sa chair, fracassant de leurs bâtons ses crânes qui craquent et se répandent, s’alignent silencieusement face à la scène et longuement, consciencieusement, massacrent la trinité, répandant dans l’air leurs corps et leurs sangs. Fureur. Émeute. Bain de sang. Elle abat sur eux dix mille pieds et dix mille poings pour ne laisser que des lambeaux de ceux qui par trois fois ont brisé son cœur.
Elle est sur scène, de nouveau. Elle chante sur les reliques encore chaudes de ces prédécesseurs qu’elle piétine, irrespectueuse. Elle laissera à d’autres le soin de faire la révolution. Elle sera le catalyseur, l’inspiratrice, la bande-originale de leur mouvement mais elle restera sur scène. Debout sur une enceinte, micro en main, elle domine la marée humaine. Elle est vivante, de nouveau.

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire